Entre 2013 et 2015, j’ai eu le plaisir de pouvoir partir à trois reprises en République Tchèque, entre Moravie, Prague et Bohême. Chacun de ces trois voyages, placé sous un signe et une thématique différente, m’a fait découvrir des facettes variées et intéressantes de ce pays charmeur et attractif. Pour autant, une chose m’a marqué plus que les autres : le tourisme industriel et, plus précisément, le tourisme charbonnier. Aujourd’hui, j’ai donc le plaisir de vous proposer une thématique spéciale pour votre prochain voyage tchèque : les mines de charbon !
Les mines de République Tchèque
Michal (en-dehors de tout temps)
Imaginez que le temps, tout d’un coup, se fige. Imaginez que l’activité se retrouve suspendue, que toute trace de présence humaine soit conservée, intouchée, inviolée. Imaginez qu’une mine, du jour au lendemain, ferme et que tout soit conservé, laissé en état, pour constituer un témoignage de ce que fut hier, expliqué à ceux d’aujourd’hui et de demain : c’est ce qui vous attend à la Mine Michal, située à un jet de pierre d’Ostrava, en Moravie.
J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de ma découverte de cette mine et de la région environnante de la Moravie, pleine de trésors cachés. Pourtant, ce serait un sacrilège de ne pas remettre Michal sous les feux de la rampe et de ne pas en re-causer à nouveau le temps de quelques lignes et de quelques clichés. Il faut savoir que je ne suis pas, a priori, un fan particulier du tourisme nostalgique industriel. Pourtant, lors de mes deux passages là-bas, j’ai pris un pied dantesque à écouter le guide (ancien mineur lui-même) raconter le fonctionnement du lieu, expliquer le fonctionnement des différents engins et mettre les visiteurs dans la peau d’un ouvrier venant au boulot, à l’époque de la Tchécoslovaquie communiste.
Plus que les structures massives de ce lieu, j’ai particulièrement été marqué par les vestiges de la vie passée. Des objets abandonnés tels quels, laissés quasiment à l’abandon et qui donnent l’impression de voyager dans le temps. Ici, quelques médailles qui étaient des jetons de présence. Là, une boite de médicaments aux sonorités bien nationales. Là-bas, un relevé de présence qu’on croirait encore d’actualité.
Au fur et à mesure de la visite, je retrace le parcours de ces mineurs, emblèmes vivants d’une époque révolue. J’entends résonner les grincements des wagons sur les rails, des ascenseurs montants et descendants, les cris des hommes revenants noirs, couverts de poussières après une journée d’extraction et de labeur. Tout est prêt et l’activité jamais ne s’arrête.
Tout au long de la visite, la voix du guide est empreinte d’une évidente nostalgie, regrettant le temps où le métier de mineur faisait la fierté de la région. Avec la fermeture de la Mine Michal, une page s’est tournée, dont la région d’Ostrava a eu bien du mal à se remettre.
La visite de la mine se fait en environ une heure et requiert que vous parliez tchèque ou que vous soyez accompagnés par quelqu’un qui puisse traduire les histoires du guide. L’environnement pouvant être dangereux, il ne vaut mieux pas trop vous balader en solitaire. Enfin, cette visite est parfaite pour toute la famille et fascinera les petits comme les grands.
Landek Park (Descendons à la Mine !)
Le plus grand musée minier de toute la République Tchèque, placée sous le signe de l’éducatif et du souterrain. A l’opposée de la Mine Michal et de sa verticalité absolue, les choses se passent ici de façon plus souterraine et ludique. Autant vous le dire de suite : j’ai (un peu) moins accroché avec cette visite, moins sentimentale, moins forte mais d’un intérêt tout de même certain. Il faut dire aussi qu’il est difficile d’appréhender l’ampleur du site. En effet, du temps de son fonctionnement, les galeries descendaient jusque 622 mètres de profondeur, sur 6 étages espacés de 180 mètres chacun. Vous pensez bien, du coup, qu’il ne va pas être possible de vivre cette expérience puisque la descente ne se fait « que » sur 5 mètres (en dépit d’un compteur coquin qui laisse penser le contraire).
Il ne fallait pas être claustrophobe pour exercer le travail de mineur : aussi évidente soit-elle, cette vérité prend forme sous nos yeux quand nous parcourons les dédales mal éclairés du lieux. Ici et là se trouvent d’impressionnantes machines et quelques mannequins répartis avec sagacité permettent de saisir la dimension physique, rude, intense du boulot effectué ici. Les postures sont tortueuses et je n’ose imaginer le travail dans ses conditions.
Par moments, la lumière se fait de plus en plus diffuse, de plus en plus absente. Quelques ampoules tentent de percer la pénombre et d’offrir un faible éclairage. De loin en loin, elles ne deviennent plus que des lueurs vers lesquelles nous nous dirigeons à l’aveuglette, touchant les murs pour nous diriger. Je prends ainsi conscience de la terreur absolue qui devait tomber quand l’obscurité se fait totale et envahissante.
Notre guide, ancien du lieu avec 26 années de pratique au compteur, ne manque d’anecdotes et son humour tutoie par moments les frontières du mauvais goût, au point même que le traducteur hésite à transcrire les blagues. L’objet de ces saillies se trouve dans la photo suivante et constitue « le pire métier possible qu’il était possible d’exercer à la mine : la corvée de chiottes ».
Le Landek Park est une visite agréable, à réserver à ceux qui aiment les mines et leur histoire en général. Pour les plus jeunes, un (amusant) petit tour en train est possible à l’extérieur, dans des (petits) wagons. Un moment tranquille au cœur d’un séjour de découverte de la région, par exemple.
Most (Les Titans et les enfants)
Imaginez une terre dévastée sur des kilomètres à la ronde, une terre volée, broyée, exfiltrée, sur laquelle serait passée une gigantesque charrue menée par des animaux déments. Imaginez que cette même terre est parcourue par des engins des Titans, d’une puissance et d’une taille à peine concevables, conduits par des enfants : vous êtes à Most, en Bohême du Nord, en plein safari minier.
C’est dans un ancien bus militaire de l’armée régulière tchèque qu’à eu lieu cette visite. Le guide ne nous a pas menti : le confort serait spartiate, la tenue de route, en vacances et nous devons absolument nous raccrocher à tout ce que nous pouvons pour éviter la chute, fut-ce au bras d’une charmante italienne de voisine ou à la main du pileux blogueur voisin. Dès le départ, tout n’est pas que remous, rebonds, secousses et cahots chaotiques : bienvenus à la Mine !
Le guide n’est pas avare de détails et Martin, notre traducteur, doit utiliser toute sa vélocité pour suivre le flux des paroles parsemées de chiffres techniques et d’anecdotes industrielles. Cependant, bien plus que lesdites paroles, c’est le spectacle qui se déroule devant nos yeux qui me laisse pantois : un énorme/gigantesque/démoniaque/indescriptible engin se tient en face de nous, immobile, ressemblant au croisement dément d’un vaisseau des sables, d’une araignée et d’une grue. Tout en lui respire le massif, le puissant, le technique, le fatal, l’inexorable. Sa tâche toute entière est vouée à retourner inlassablement le sol, détruisant systématiquement et raisonnablement toute forme de vie organique, minérale ou végétale qui aurait le malheur de se trouver sur son passage.
Tout au long du parcours – terriblement réglementé pour des raisons de sécurité – je suis partagé. Partagé entre l’étonnement et la colère. L’étonnement de voir ici une telle technologie, une telle démesure, une telle puissance à portée de main, faisant passer les êtres humains pour de petites marionnettes. Je suis un Lilliputien, un nain, un rien confronté à l’immensité du tout. En même temps, la colère vient par vagues régulières devant cette région étripée et creusée en son sein. Que de violences et de dévastation à portée de vue : tout n’est plus que gravas et cailloux.
Pourtant, en dépit de cette impression étrange de parcourir un pays désolé, je ne peux m’empêcher d’être impressionné, encore et toujours, par la démesure de ce que je vois. Le spectacle de ces mastodontes se déplaçant si lentement, de leur puissance formelle, ne peut laisser indifférent et constitue réellement une expérience unique.
Je regarde, silencieux, la terre s’ouvrir et les dents creuser. Je regarde, je photographie et je note, sans savoir où se trouve vraiment ma place. Dois-je encourager, communiquer, discuter, passer sous silence ? Quel devrait être le contenu de mon futur article ? Les pensées sont à peine ébauchées qu’il faut déjà partir, nous avons atteint notre quota de présence allouée sur le site.
De toutes les visites faites en République Tchèque, j’avoue que c’est celle-ci qui me pose le plus de problèmes. D’un côté, c’est une chance rare que de pouvoir observer une mine fonctionner « pour de vrai ». D’un autre, c’est une douleur profonde à l’âme que de voir ce qu’il en découle. Du coup, je ne sais trop que vous recommander, à part de suivre votre instinct et vos envies.
Pour aller plus loin
Si vous en désirez en savoir plus sur la destination République Tchèque, n’hésitez à naviguer sur le site officiel dédié, à explorer les différents liens de l’article (attention, versions anglaises inexistantes, c’est en VO) ou encore à aller jeter un œil sur le super dossier écrit par Muriel.
D’autre part, la #TeamGivrés a été associée récemment au projet #CzechThatOut : vous pouvez aller lire le premier billet de la série, écrit par Léon !