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Transition(s) abbevilloise(s)

En ces temps compliqués, chaque opportunité de voyage est à saisir à deux mains. Alors, quand je découvre, au détour d’un tweet, qu’une exposition géante de Street-Art se met en place non loin de chez nous, du côté d’Abbeville, mon sang ne fait qu’un tour : un clic pour réserver, un clic pour vérifier les billets de train, un mot doux pour informer la maitresse d’une absence prochaine de Fils et tout est bouclé : à nous le citytrip abbevillois, à nous la découverte d’une nouvelle ville et à nous, surtout, une journée pleine de surprises, entre jardins, parcs et HLM décorés !

Abbeville, en vert (et pour tout)

Lorsque j’ai regardé une carte de la Somme pour la première fois, mon attention n’a pas immédiatement porté sur Abbeville. Posée à mi-chemin entre Amiens et la côte, la ville me paraissait être plus un lieu de passage, de transit qu’une halte véritable, valant le détour, l’arrêt et quelques heures à y consacrer. Mais cela, ce survol rapide d’une escapade possible, c’était avant le Covid, avant que les frontières ne ferment et avant que le voyage local devienne une bouée de sauvetage, une nécessité plutôt qu’une tendance. Du coup, j’ai rangé dans ma poche mes a priori et c’est avec une curiosité certaine que j’ai abordé Abbeville, bien aidé en cela par l’enthousiasme débordant de Fils, toujours heureux à l’idée de partir explorer l’Inconnu, du moment qu’il n’y a pas de terrils au programme et que des haltes dans les jardins sont prévues !

Au détour des rues

Au sortir de la (jolie) gare locale, rien n’est vraiment prévu, si ce n’est un passage (rituel) par l’office de tourisme. J’ai bien noté la présence d’un musée, de quelques curiosités mais je préfère, comme d’habitude, faire confiance à nos instincts réunis et nous laisser guider par les découvertes inévitables qui viendront immanquablement se glisser tout au long de la journée. Dès le départ, lesdites découvertes viennent tout de suite cheminer à nos côtés : ici, la façade d’une usine bombardée durant la première guerre et conservée en état. Là-bas, un monument commémoratif rappelant le triste destin du Chevalier de la Barre. Au gré de nos pas, nous tombons sur une abbatiale, sur un beffroi, sur un magasin de Lego présentant des pièces d’une rareté absolue. Petit à petit, s’en vient ce goût délicieux, ce petit parfum délicat qui se propage tout doucement, qu’on goûte à petites bouchées, qu’on inspire à petites humées : celui du plaisir de la nouveauté.

Petit aparté : allez à l’OT !

 Ce que je vois venir, maintenant, c’est le retour à l’humain, le besoin de pouvoir discuter les yeux dans les yeux avec quelqu’un de fiable, de compétent. Quelqu’un qui puisse rire en voyant mon fils sauter devant le bureau, pas un site qui va me donner une liste d’activité possible pour les enfants âgés de 4 à 7 ans. Ce que je veux quand je demande des renseignements, c’est des informations traitées personnellement. Quand je cherche une adresse pour manger, je m’en fous des avis internet : je veux voir une langue passée sur les lèvres, entendre un soupir de contentement, deviner un sourire se dessiner sur un visage. Je suis prêt à oublier toutes les applications du monde entier pour une suggestion d’itinéraire agrémentée de quelques coins recommandés, juste comme ça, par quelqu’un qui pense que cela peut me plaire en me regardant, en m’écoutant.

Je n’ai cesse de le dire, de le répéter, de le marteler, de le graver au compas sur les murs des villes où je vais : allez rendre visite aux offices de tourisme ! Que ce soit pour un détail très spécifique (tel que l’horaire d’ouverture du musée cantonal de la faïencerie canine) ou plutôt général (le temps prévu pour les huit prochaines années), vous aurez réponses, expertise, conseils et recommandations, le tout bien souvent emballé dans un sourire d’une chaleur à faire fondre une glace surgelée en plein hiver arctique.

Preuve en a été pour nous, une fois de plus : nous avons été reçus avec une gentillesse infinie à l’OT de la ville, où j’ai eu le bonheur de pouvoir discuter face à face et d’apprendre que je n’avais strictement rien à organiser puisque, ô stupeur, les rares choses que j’avais repéré étaient soient fermés le matin soient accessibles seulement via une réservation guidée de groupe. Du coup : à nous l’aventure, à nous les chemins détournés !

Instantanés abbevillois

Fils et moi qui explorons une nouvelle ville. Une boutique de Lego vintage. Une façade démolie et une explication historique sur la première guerre mondiale, en lien avec les sites visités avec Papy. Des voitures, beaucoup de voitures. Une abbatiale entourée d’immeubles. Un kiosque avec des fontaines coquines qui refusent de se synchroniser avec mes photos. Fils qui décrète qu’il veut manger à la friterie. Un détour par la Poste pour envoyer une carte postale à l’école, histoire de respecter une vieille tradition. Une analyse des statues d’un jardin. Oser emprunter une voie sensée être privée mais qui est tout ce qu’il y a de plus public. Déambuler dans la rue commerçante pour chercher un DAB. La sensation du plan papier plié dans la poche. S’assoir sur un banc et regarder Fils courir entre les jeux du jardin : se souvenir et espérer. Le regard complice du forain qui nettoie son manège. Des tours et des détours dans un immense jardin où se croisent plus de canards que d’êtres humains (qui s’y bécotent d’ailleurs, contrairement aux palmipèdes suscités). S’assoir sur un autre banc et s’entendre dire « On est bien à Abbeville, hein Papa ? ». Marcher vingt minutes sous une drache terrible, se tromper cinq fois de chemin, en rigoler, avec fils sur les épaules et un parapluie dans sa main. Vouloir s’arrêter dans un café, ne pas pouvoir consommer car la CB n’est pas prise et s’entendre proposer de revenir payer la prochaine fois. Se prendre une autre drache. Savourer un cookie au soleil, en toute fin de journée. Flâner devant la boutique de robes de marié.e.s sise à côté de la gare en attendant le TER en retard. Hocher la tête en se disant que, quand même, c’était une bonne idée, Abbeville.

D’un parc à un autre (via un jardin)

Que faire, à Abbeville, lorsque vous n’avez qu’une journée à y passer, que les musées sont fermés et que vous avez un petit garçon de 5 ans qui ne demande qu’à courir ? Profiter des espaces verts de la ville, tout simplement ! D’ailleurs, en voici trois testés (et recommandés) :

Le parc d’Emonville

Pas de jeux mais un bel espace vert très joliment arboré, situé dans l’enceinte du magnifique château éponyme, datant du XIXième siècle. Une jolie collection de statues et probablement des expositions photographiques estivales. On peut y accéder par le Carmel et/ou par la rue des Capucins. Vaut largement un petit détour.

L’espace du Kiosque à Musique

Juste à côté d’un rond-point à l’enfumage diabolique et derrière LE centre aquatique local, un vaste terrain gazonné et arboré, où paissent des tables de pique-nique, quelques bancs et l’unique aire de jeux publique du coin (à ma connaissance), qui aurait d’ailleurs bien besoin d’un petit coup de neuf. Pour le reste, le kiosque à musique offre un abri remarquable contre la pluie (ainsi qu’un espace où les plus petits peuvent courir en rond en hurlant de joie, sous le regard mi-atterré, mi-amusé des adolescent.e.s de passage). On note également la présence d’une petite foire foraine. Un spot très agréable pour se (re)poser le midi.

Le parc municipal de la Bouvaque

Peut-être la plus belle surprise de cette journée : un immense parc où il fait bon se perdre, déambuler entre petits sentiers, ponts de bois et sources bleus, tout en restant à proximité immédiate du centre. Nous y sommes allés sur une impulsion subite, pour passer le temps et nous avons failli ne pas en repartir ! Une vraie découverte assez délicieuse, qui fait pétiller les yeux, se raviver les souvenirs et soupirer avec un petit sourire de nostalgie. Lorsque vous y passerez, faites donc un petit détour par les très curieuses sources bleues, saluez les canards de notre part et perdez-vous également dans ce magnifique dédale.

Transition, l’espace éphémère d’art urbain

C’était la raison principale de notre venue à Abbeville, celle-là même qui m’a poussé à sortir (un tout petit peu) de ma zone de confort, à faire manquer une journée d’école à Fils, à ne rien plaquer pour partir avec une date de retour : l’exposition Transition, le musée éphémère du Street-Art.

Transition, kesaco ?

22 appartements de trois immeubles ont été confiés à pléthore d’artistes pour être entièrement refaits, le tout dans le quartier du Soleil Levant, depuis le 19 mai et jusqu’au 29 aout. La visite est gratuite, linéaire, en petits groupes de six personnes maximum et avec un horaire impératif à respecter. Tout cela se fait sur réservation (impérative, obligatoire et nécessaire). Comptez entre une et trois heures, selon vos goûts et attraits, pour faire le (vaste) tour, le tout à (environ) 30 minutes à pied de la gare.

Transition, avec ou sans enfant.s ?

Dans la théorie la plus absolue, l’exposition Transition est accessible à tous.tes, enfants compris. Cependant, plusieurs éléments sont à prendre en compte : les poussettes sont à proscrire absolument pendant la visite, les lieux étant exigus. Ensuite, certaines œuvres peuvent être impressionnantes, surtout pour les plus petits. Enfin, il ne faut absolument toucher à rien, ce qui nécessite une vigilance accrue, ce qui ne va pas toujours de pair avec le plaisir de visiter. Du coup, il est tout à fait possible de visiter Transition avec un enfant mais attention à ce que la surveillance active n’empiète pas, ne gâche le plaisir de votre visite.

Transition, une impression ?

L’exposition, immense et démesurée, de Rehab², à la Cité Universitaire, avait été notre première exploration urbaine du genre avec Fils. J’avais adoré la folie douce qui se dégageait des lieux, de pouvoir déambuler quasiment en toute liberté dans les bâtiments ainsi que de pouvoir venir et revenir sans aucune réservation, privilégiant ainsi les créneaux horaires les moins chargés.

Transition, forcément, ne peut être comparée à Rehab² : les circonstances de 2021, couplées au succès médiatique du street-art ainsi qu’à l’exigence d’une circulation et de flux maitrisés changent profondément le contexte habituel d’une telle visite. Dès lors le sentiment, en ressortant, était personnellement un peu mitigé. La très belle et très fluide organisation (tout est fléché, numéroté et il y a une présence humaine constante à chaque palier ou presque) ne permet pas de sortir du cadre fixé et, quelque peu paradoxalement, enferme le street-art dans une sorte de fixité étrange, cela étant d’autant plus accentué par mes années passées à déambuler dans le 13ème arrondissement parisien en quête de nouvelles découvertes.

L’autre point, hélas inévitable, est le besoin impératif que nous ressentons de tout prendre en photo, en permanence. En extérieur, cela ne pose guère de soucis mais, dans des appartements relativement petits, parfois remplis de détails, cela peut vite devenir un souci si toutes les personnes présentes en même temps vont au même rythme et veulent toutes photographier l’intégralité de Transition (et je plaide à ce propos coupable sans demander l’indulgence du Jury). Je n’ai vécu ça qu’à un ou deux moments pendant notre visite, en gardant en tête que j’avais choisi exprès un jour de semaine pour éviter les foules… ce qui n’a empêché les gens d’être présents !

Transition, à faire ou à oublier ?

Définitivement, sans aucun doute, en objectivité absolue et gardant en tête mes réserves précédentes : c’est un OUI massif, franc et sincère.

OUI, Transition mérite vraiment le détour.

D’une part, parce que cela vous permettra de découvrir Abbeville mais aussi – et cela commence à devenir quelque chose de rare – parce que l’exposition éphémère entière est gratuite (même s’il est possible de donner quelque chose à la fin) et que cette gratuité n’est plus aussi commune que ça (il suffit de regarder les expos parisienne du moment, de Bansky au COLORS Festival).

D’autre part, la qualité globale des œuvres est quand même assez folle et le line-up des artiste venu.e.s bosser ici tout simplement impressionnant mais, comme je ne veux pas gâcher votre future (et nécessaire) visite, voici seulement un petit aperçu hautement subjectif de ce que vous pourrez y trouver !

Transition en photos

Alors, Abbeville ?

Alors, c’est une bonne question !

Je crois qu’il va falloir y retourner : nous avons « raté » le musée Boucher de Perthes, la visite du Beffroi et quelques autres petites spécificités locales que j’ai repéré au passage et que je suis curieux de (re)voir avec un peu plus de temps. Il faudra également que nous nous donnions la chance d’explorer réellement le parc de la Bouvaque ainsi qu’une réserve ornithologique sise à proximité (et qui me fait de l’oeil).

Bref, que ce soit sur la route de la Baie de Somme, pour un citytrip d’une journée ou deux, Abbeville est vraiment une chouette destination qui mérite qu’on s’y arrête, sans préjugés ni attentes trop élevées. C’est, tout simplement et splendidement, une découverte à savourer doucement, inattendue et surprenante. Son accessibilité en TER (ou en voiture mais vous n’êtes pas obligé.e.s, vraiment) et la possibilité de tout faire à pieds sont d’autres arguments des plus pertinents.

Bref, Abbeville avec un enfant : c’est testé, validé et aimé !

Le bord de mer à Fort-Mahon