la vue depuis le sommet du terril

Terrils en Douaisis

Douai ? Oui, Douai. Mais pourquoi Douai ? Parce que, Douai. Certes, mais encore ? Parce qu’il y a eu Lens, Arras, Béthune, la Thiérache. Parce qu’il ne faut jamais croire sans avoir été voir. Et parce qu‘à Douai, il parait qu’il y a des terrils, accessibles depuis la ville en bus. Et qu’un terril est une raison si évidente de voyager que je ne devrais même pas avoir besoin d’en parler. Alors c’est Douai si je veux, comme je veux et parce que je le veux ! Ah, d’accord. Bon, ben, Douai alors ? Oui, Douai alors ! Et même le Douaisis. Carrément ? Carrément !

Douai, terrils en la demeure

S’il n’y avait pas eu les terrils, je crois que nous ne serions pas allés à Douai, surtout en cette période de réjouissances annulées, même avec les mots de Solcito en tête. Mais (merveilleux mais, si pratique) il y a des terrils. Or, je voue une passion presque inavouable pour ces gros tas noirâtres qui se découpent dans le paysage minier telles des pyramides incongrues, témoignages d’hier parvenus – malgré eux – jusqu’à nos jours. Bien sûr, comme tous les enfants de France, j’ai été bercé par les Corons et ces promesses d’y voir la campagne d’en-haut mais c’est véritablement à Lens, lors de notre premier voyage avec mon fils, que j’ai eu le coup de grâce (à défaut d’avoir le cou de Grace, si j’avais été Dracula), la Révélation, la Confirmation : c’est beau, un terril. C’est imposant, massif, impressionnant. Et ça donne l’envie d’y monter, par tous les chemins possibles.

Les terrils de Lens

Bizarrement, c’est exactement ça que je suis venu chercher en organisant notre voyage, pour voir les terrils à Douai : une sortie dans la nature, un panorama sur le paysage, une échappée verte, belle, tranquille et détendue. Rien de plus. Strictement rien de plus car, en ces temps troubles, il faut savoir saisir les opportunités locales et ne pas aller chercher en Equateur ce qui peut se trouver en Picardie.

Bref, nous sommes partis, par monts et par vaux, avec mon fils, par un beau matin de février, explorer Douai, pour aller vérifier s’il y avait vraiment Terrils en la demeure !

Le terril jeune

Je ne suis pas Douai avec les Terrils

En réalité, sachez que je mens depuis le début de cet article. En toute malhonnêteté, avec une mauvaise foi assumée et voulue. Car il n’y a pas de terrils à Douai. Non, les deux terrils visés, ceux de l’Escarpelle et des Pâturelles sont à Roost-Warendin, commune de 6089 âmes. Cependant, apprenez que Roost-Warendin est sise dans l’arrondissement de Douai et dans la communauté d’agglomérations du Douaisis. Ce qui revient à dire que s’il n’y a pas de terrils à Douai, il y en a quand même dans le Douaisis. Notez également que Roost-Warendin se rejoint en dix minutes en bus, toujours depuis Douai. Autrement dit, sans vouloir piquer à César ce qui est à César et en tordant légèrement les frontières immatérielles de la Vérité Vraie, je vais quand même affirmer que l’on trouve des terrils à Douai : ceux de Roost-Warendin. Que les Douaisiens, Douaisiennes et Roost-Warendinois.es me pardonnent cette approximation illégitime: je promets de faire amende honorable.

Le terril de l'escarpelle

D’où es-tu ? Douaisis !

Je profite de ce paragraphe (absolument pas prévu au départ) pour signaler à votre aimable attention que le Douaisis mérite vraiment le détour, ne se limitant nullement à Douai mais englobant bel et bien la région environnante. Architecture, nature, promenade, Géants et autres festivités sont la récompense qui attendant celles et ceux qui font le (modeste) trajet pour venir jusque ici. N’hésitez donc pas à fouiner sur le site officiel et/ou à poser des questions via les différentes formes de contact, (très) bonnes réponses assurées.

Je recommande, de part ailleurs, particulièrement la destination si vous êtes, tout comme moi, passionné.e.s par l’univers industriel des mines, des mineurs (et de tout ce qui gravite autour).

Les fameux terrils

En lieu et place de moutons, revenons donc au but premier de cet article : vous parler des terrils de Douai. Ou ceux de Roost-Warendin. Enfin, les terrils du Douaisis, quoi et, plus précisément, ceux de l’Escarpelle et des Patûrelles. Il vous faut savoir, à tout prix, que c’est à Roost-Warendin que la Compagnie des mines de l’Escarpelle a exploité ses fosses N°1 et 9. Cette dernière (la N°9, donc) a été la dernière à fermer dans le département du Nord (et l’avant-dernière dans la région), le 29 octobre 1990 (et, pour la petite histoire de la Grande Histoire, la dernière fut celle d’Oignies, le 21 décembre de la même année). Nous sommes donc, comme nous le fûmes tantôt à Lens, en plein cœur du pays minier et, encore mieux, en plein cœur d’un patrimoine inscrit à l’Unesco.

Ce qui est intéressant, avec nos terrils, c’est qu’ils ne sont pas (trop) excentrés en périphérie, comme certains de leurs copains d’ailleurs. Ils sont même plutôt installés dans un coin assez urbanisé, avec une forte circulation automobile à proximité et quelques zones industrio-commerciales à un jet de pierre. De là part un intéressant postulat, délicieusement paradoxal : il faut donc passer par le gris pour avoir accès au vert et admirer le bleu. Autrement dit, la nature offerte par une promenade en nos dits terrils demande de faire abstraction du milieu pour y accéder. Ne vous fiez donc pas à vos premières impressions en arrivant dans les alentours proches car, en toute honnêteté, c’est moche. La porte même, pour accéder aux terrils, est un repoussoir absolu, qui m’a fait penser à l’entrée d’un site de stockage de déchets nucléaires (en exagérant à peine) : du grillage, un tourniquet géant (enfin, un truc avec des barreaux horizontaux qui tournent sur un axe vertical) et une idée générale derrière tout ça : empêcher à tout prix que les trucs avec des roues puissent accéder aux lieux.

l'entrée du terril de l'escarpelle

Soit dit en passant, ne faîtes pas comme nous et anticipez votre (éventuel) repas du midi : il n’y a rien (de rien de rien de rien) pour acheter de quoi manger à côté de l’entrée du terril. RIEN. On trouve, à quelques arrêts de bus, une friterie, des supermarchés et, à deux kilomètres en aval (selon le bourru patron du tabac), une boulangerie. Hors de là, point de répit. Nous avons donc dû, pour la plus grande de joie de Fils, piller le goûter prévu à la place du pique-nique. Cela étant, moi qui ne jure que par l’imprévu, les surprises et l’inattendu…

Pour aller aux terrils du Douaisis, depuis la gare SNCF de Douai, prenez les lignes 6 ou 7, au départ (au choix) de la Place de Gaulle OU place Carnot, jusqu’à l’arrêt Escarpelle. Le trajet se fait en une quinzaine de minutes (peu ou prou). Les billets peuvent être achetés en distributeur (et se valident dans le bus, en suivant le sens de la flèche) au prix unitaire de 1€50 (de mémoire). Toutes les informations (dont les précieux et remarquablement bien foutues fiches horaires) sont sur le site du transporteur, EVEOLE.

Pour accéder au terril depuis l’arrêt Escarpelle, restez sur le trottoir de l’arrêt et avancez dans le sens de la circulation jusqu’au rond-point : l’entrée est en face.

A vaincre sans terril, on triomphe sans gloire

Dans la vie, parfois, on a le choix. Emprunter ce chemin-ci. Ou plutôt celui-là. Passer par cette route, emprunter des raccourcis, des détours, des sentiers de traverse. Fi d’allégories, c’est exactement ce qui s’est passé quand nous avons commencé notre promenade sur les terrils du Douaisis. Nous aurions pu aller à droite, vers la facilité et la rapidité. Ou bien alors vers la gauche, le long de ce chemin sinuant, tournicotant autour du cône. Long. Plus long. Beaucoup trop long (d’après Fils). J’aurais pu aussi faire attention au plan situé à l’entrée. Et noter attentivement le cheminement le plus approprié pour un Papa accompagné de son fils de cinq ans et demi.

Le choix à faire

Et bien non. Je n’ai pas fait attention.
Aucunement.

J’ai foncé bille en tête, à tribord toute, suivi de mon mètre dix bougonnant et grognant, pas tellement ravi de devoir monter tout ça, relativement soupçonneux à l’idée de se prendre un arbre sur la tête (ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien). Pourtant, il est beau ce chemin. Très vite, s’effacent les bruits citadins, remplacés par piaillements des oiseaux cachés et les bruissements des feuilles dans le vent. Avec l’Escarpelle toujours à droite et le paysage à gauche, la douceur s’installe, à peine dérangée par les protestations enfantines. Au gré des ouvertures dans le décor se dessinent des méandres fluviaux, des champs, d’autres chemins. On ne croise guère de foule, à cette heure de la journée. Quelqu’un qui court, vite. Un papy en goguette. Ici, la nature a repris ses droits sur l’industrie. Le terril se fait terre d’accueil, généreuse et tout pousse, un petit n’importe comment. La terre est noire, riche, grasse, un peu glissante, un peu coquine. Un virage succède à un autre virage qui succède lui-même à une montée précédée d’une descente. Allons, soixante-cinq mètres, ce n’est pas la mer à boire ! Le chemin de croix, notre Golgotha familial, s’achève par l’arrivée sur le plateau, avec ses quatre vues cardinales dégagées, permettant d’embrasser le paysage.

Du haut de ce terril, je vois…

  • Des terrils. Plein de terrils.
  • Le chevalet de la Fosse 9.
  • Des maisons si semblables.
  • Un terrain de foot qui sent bon le dimanche, les genoux écorchés et la buvette.
  • Des étangs où il doit faire bon jouer au Pêchistan.
  • Hier accompagné par aujourd’hui.
  • Un dauphin en peluche, posé là par Fils.
  • Douai, là-bas, au loin.
  • Roost-Warendin, à nos pieds

C’était pas si Terril, en fait.

« Ca y est Papa ? C’est fini ? Moi, je ne veux plus grimper sur les terrils de Douai, c’est trop haut. Et les arbres peuvent tomber sur la tête parce que les castors, ça coupe les arbres pour manger le bois et faire des barrages. Et puis, on va au parc maintenant ? Tu m’as promis qu’on allait au parc. Et c’était drôle de manger le goûter à midi. Oui, il est beau ce terril. Oui, je veux bien mais la prochaine fois, on prend le petit chemin alors. Pas le grand. Oui, Papa, je te tiens la main. Tu es sûr qu’on ne peut pas tomber ? Et le terril ne va pas s’effondrer ? Ah ? D’accord. Et c’est du charbon ça ? Ah, un mine, comme à Lens avec Terribou et Terrisson ? Ah oui, je me souviens. Oui, je veux bien revenir à Douai. Si on va dans le parc et qu’on pense à acheter un pique-nique. Oh, regarde Papa, c’est la sortie de l’entrée ».

Ben oui, c’était pas si terrible la montée du terril !

la montée de l'escarpelle

Et Douai, dans tout ça ?

J’avais prévu, dans mon semblant de programme vaguement noté, une longue promenade pédestre en la cité de Douai. Las, vus les efforts consentis par ma descendance pour gravir son Everest charbonneux, c’eut été une Trahison Majeure que de ne pas tenir la promesse faite la veille, d’aller jouer dans un parc. J’ai donc eu le redoutable plaisir de passer l’après-midi allongé dans l’herbe du parc Charles Bertin et de sa merveilleuse aire de jeux. Tout juste sommes-nous allés jeter un œil au Beffroi (dans lequel j’ai hâte de monter quand faire cela se pourra).

De fait, ma connaissance intime de Douai se résume donc à la place Carnot, à la place de Gaulle, à la porte de Valenciennes, à la gare SNCF et au parc suscité. Je suppose donc que nous devrons y retourner sous de meilleures auspices !

Aller à Douai est simplissime en train, depuis Paris ou Amiens, en TER. N’hésitez pas à acheter une carte de réduction des Hauts-de-France (aucun besoin d’y habiter), qui coûte 30€ pour un an (fréquentes réductions à moitié prix si vous surveillez le site) et permet de bénéficier de 50% de réduction pour 4 personnes. Et les enfants de moins de dix ans payent un euro le trajet.

Et pendant que vous êtes encore là…

Cet article est paru dans le cadre du chouette rendez-vous mensuel #EnFranceAussi  Il constitue de par ailleurs ma seconde participation à cet événement destiné à mettre en valeur, tout simplement, la France et mené de façon collaborative par des blogueurs francophones. Le concept a été créé par le Coin des Voyageurs et le thème du mois suggéré par Mitchka de Fish and Child

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PS : Tout ce qui est en gras dans ce paragraphe est un lien. Je sais, ce n’est pas évident mais c’est le prochain chantier du blog. Merci à vous si avez tout lu jusqu’ici !

Le bord de mer à Fort-Mahon