Auxerre la belle

Auxerre, l’icône icaunaise

Aller à Auxerre, c’est une idée qui est née d’une radio et d’une enfance bercée par les multiplexes radiophoniques d’Eugène Saccomano. Je me revois encore écouter, les soirs de matchs, les commentaires frénétiques tous droits venus de l’Abbé Deschamps. Là, dans ce petit stade d’une petite ville de Bourgogne, sont régulièrement venus trébucher les Grands d’Europe, confrontés au légendaire 4-3-3 d’un certain Guy Roux. Emporté par des noms qui sentent bon le foot d’avant, avec les Verlaat, Baticle, Martins et autre Vahiruha, Martini et consorts, j’entendais tomber l’Ajax, le Standard, Liverpool, Plovdiv, Ikast (et tant d’autres), jusqu’à cette funeste soirée teutonne de 93 où, au bout de la nuit, le pied gauche de Mahé rencontra la main ferme d’un certain Klos, fermant ainsi les rêves d’une finale qui eut été une apothéose. Depuis ces temps bénis, les années sont passées autant que les joueurs. L’AJA est montée haut, très haut avant de retomber dans une division qu’elle ne pensait jamais retrouver. Alors, lorsque l’occasion s’est présentée de pouvoir aller visiter la cité des Ducs, j’ai voyagé dans le temps, pris des notes, revisionné Coup de Tête (de Jean Jacques Annaud, avec le regretté Patrick Dewaere) et nous sommes partis, avec Fils, prendre un train. A nous Auxerre, à nous l’épopée !

Premiers pas

Nous venons de descendre de la voiture. Le soleil tape déjà tandis que l’Yonne, absolument pas rugissante, suit tranquillement son cours. Fils et moi regardons autour de nous. Là, une passerelle. Là-bas, un pont où se trouve un certain Paul Bert statufié. Devant nous, des ruelles pavées encadrées par des maisons venues d’un autre temps. Sur le sol, Cadet Roussel invite à suivre ses traces, pour un circuit découverte. Il est dix heures du matin, nous n’avions rien de prévu et la ville toute entière semble s’offrir à nous, ouvrant grand ses artères pour nous inviter à en devenir globules, cellules, vaisseaux.

Auxerre

Et donc ?
Et bien allons-y, à nous Auxerre !

Monter, gravir, escalader, avancer : tandis que nous empruntons ce que je suppose être la route la plus directe vers le sommet de la cité (et vers l’OT, tant qu’à faire), Fils me suggère doucement qu’il commence – déjà – à en avoir relativement marre de marcher, qu’il n’est après tout qu’un petit garçon, qu’il est fatigué, lassé, agacé, embêté, ennuyé et qu’il n’a toujours pas eu le pain au chocolat promis depuis notre départ parisien et que ce serait une très bonne idée que je pense à m’en occuper si je ne veux pas allumer un feu qui va consumer toute la Bourgogne. Prenant le problème à bras le corps et mon fils sur les épaules (ceci est un zeugma), nous arrivons sur une charmante place qui semble tirée d’un livre d’illustrations. Tout fleure bon l’antan, le doux, le calme, la lenteur. Pas de cris, pas de moteurs vrombissants. Quelques sourires échangés au gré de la montée, des salutations courtoises, des gens attablés en terrasse, peu ou pas de touristes à l’horizon. La vie parait suivre un cours immuable, comme figé. Les devantures de certaines échoppes m’apparaissent délicieusement surannées et le bazar du coin affiche, en vitrine, une collection absolument improbable de couteaux, sabre, épées et autres coupe-choux invraisemblables.

Quelques minutes plus tard, notre passage à l’Office de Tourisme – sis au pied de la tour de l’Horloge (hélas en travaux) me confirme ce que je pensais : c’est une très bonne idée que d’explorer Auxerre à pieds, sans se presser. Je repère, de visu, la cathédrale que je voulais voir et je donne ma parole, en même temps que la main (hop, second zeugma) à ma descendance, que nous mangerons bientôt. Ladite cathédrale apparemment inachevée (à moins qu’elle n’ait plus d’une tour dans son sac) est fraîche, déserte et toute vibrante d’un concert d’orgue dont les notes ne retentissent que pour nous. Fils m’interroge sur le sens de la Vie, de la religion, sur la date de naissance de Jésus, assoiffé perpétuel de connaissances. Je profite d’une statue de Jeanne d’Arc (qui vint elle aussi en ce lieu) pour détourner son attention vers les vitraux et le concept de “bouter les anglois hors de France”, lui jurant de lui raconter tantôt toute l’Histoire, ce qui le fait brûler d’impatience.

Nos errances urbaines matinales se finissent là où elles ont commencé, après moult autres détours, l’achat d’une petite voiture et des salutations à Saint Nicolas : sur les bords de l’Yonne, où toute la jeunesse locale s’est posée pour manger. Je récupère deux ou trois adresses au passage, achète de quoi nous sustenter et me prépare psychologiquement à notre aventure à venir : le Canal du Nivernais à vélo !

[Instantanés auxerrois]

“Papa, on va visiter le stade ? Papa, il est où le stade d’Auxerre ? Papa, ils sont forts en foot, Auxerre ? Et en handball, au basket, au hockey-sur-gazon ? Papa, pourquoi tu dis que Jésus a fait une croix sur son avenir ?”. Chantonner Cadet Roussel toute la journée. Observer Fils lancer ses première fléchettes sous le regard amusé des clients du Pub. Monter pour mieux redescendre. Les notes comme improvisées de l’orgue sous la voûte. Fils qui tente de négocier un éclair au chocolat pour le petit-déjeuner. L’achat en catastrophe de brosse à dents. Les questions politiques de Fils, à très haute voix dans la rue. Tout petit ours, le nouveau Doudou ajouté à la collection. Les pompiers de sortie sur l’Yonne. L’étrange verticalité de la cité. Le panorama depuis le Batardeau. Une fresque sur des silos. Une statue perchée de Cadet-Roussel. Des cœurs dessinés partout, côtoyés par une déclaration d’amour à base de bœuf bourguignon. Le “Mais comment tu as trouvé cette adresse” lancé avec surprise par mon contact local. L’arrivée en dernière minute au musée. Le passage par Appoigny. Guetter voir si Guy Roux n’était pas en ville.

A vélo le long du Canal

“Franchement, si vous voulez faire simple, ce n’est pas compliqué : vous suivez le canal, c’est plat, parfois un peu monotone mais ça vaut le coup”. Pas besoin de faire répéter ce conseil à l’aimable responsable du Batardeau auprès duquel nous avons récupéré nos vélos car cet après-midi sera consacré à pédaler, pédaler et encore pédaler avec une petite idée derrière la tête : voir comment Fils s’adapte à cette nouvelle forme de voyage. En effet, et jusqu’à présent, Fils a toujours été un passager : en charrette, carriole ou siège, confortablement assis. Mais, pour cette fois-ci, c’est le grand jour, le D Day : Monsieur va avoir son propre véhicule, véhicule certes rattaché au mien mais véhicule quand même. Et vues les étoiles dans ses yeux, impossible de faire autrement.

Nous partons donc en début d’après-midi, moi devant et lui derrière, en tournant le dos à Auxerre, le long du Canal du Nivernais et de ses 173 kilomètres. Je n’escompte nullement couvrir toute la distance d’un seul coup mais je suis curieux. Curieux de savoir comment est la route, curieux de savoir quels vont être les paysages, curieux de savoir comment va réagir ce petit garçon de six ans et demi, excité comme un pou et fier comme Artaban. En quelques coups de pédales, nous dépassons l’Abbé Deschamps (“Oh Titi, regarde le stade ! Non Papa, je pédale, regarde plutôt devant toi”) et arrivons vite aux premières écluses. Sur notre rive droite, aucun virage, aucun piège. Le tracé est aussi limpide que les flots du Canal, presque désert et, effectivement, remarquablement plat. Imperceptiblement, je baisse mon rythme, relève la tête et me surprends à profiter pleinement du moment. Si je n’ai pas à me soucier d’un trafic motorisé source de dangers ni d’une quelconque rencontre avec des piétons, pourquoi me soucier inutilement ?

Franchement, si vous voulez faire simple, ce n’est pas compliqué : vous suivez le canal, c’est plat, parfois un peu monotone mais ça vaut le coup.

Et c’est ainsi que défilent les kilomètres et les paysages. Nous passons quelques villages aussi charmants qu’endormis, croisons quelques confrères-sœurs en goguette, un ou deux pêcheurs endormis et pédalons, encore et encore. Le revêtement se fait parfois macadam, parfois herbeux, toujours rectiligne. Des sections entières de route sont désormais réservées aux vélos et les quelques très rares passages en voie partagée se font sans soucis. Dès lors, je me mets à rêver de prolonger cette escapade imprévue, d’aller au-delà du raisonnable. Fils m’encourage, m’exhorte, me supporte. Ensemble, nous nous prenons à nous étonner, à aimer.

Enfin, après une bonne dizaine de kilomètres, une pause s’impose, qui est la bienvenue. Assis sur notre banc sous notre saule, nous ne disons rien. Nous nous contentons d’humer, de saisir l’air de ce temps délicieux, de cette parenthèse enchantée au cœur d’une Yonne inconnue. Silencieusement, nous faisons ce pacte à deux : nous reviendrons, nous passerons de nouveau ici, enjamberons ensemble ce pont et continuerons ce voyage qui n’appartient qu’à nous, que nous faisons notre, ici et maintenant. En attendant, il est temps de faire demi-tour car si la valeur n’attend pas le nombre des années, le magasin a lui, bel et bien, une heure de fermeture que nous nous devons de respecter (ce qui sera chose faite sans aucun souci, soit dit en passant).

Pauses culturelles

Oui, je sais : mettre les enfants devant un écran, ce n’est pas bien. SAUF lorsque c’est aux Micro Folies d’Auxerre, un musée numérique dédié à l’Histoire de l’Art. Pour faire simple, imaginez une grande salle avec une vingtaine de tablettes faisant face à un écran où sont projetées, aléatoirement, des œuvres tirées d’une base de données. Derrière vous, sur les murs, sont exposées d’autres œuvres, tirées de l’Art-o-thèque locale. Prenez un casque, asseyez-vous, allumez la tablette et c’est parti, à vous la plongée numérique ! Il est possible de zoomer, dézoomer, de jouer, d’enregistrer ses préférences, d’interagir avec ce qui est projeté sur l’écran principal, d’aller chercher détails et anecdotes, de rebondir sur iceux, d’ouvrir des tiroirs 2.0. Bref : c’est remarquablement ludique et vraiment bien foutu. Plutôt destiné à un public scolaire de premier abord, tous sont cependant les bienvenus.

Comment boucler une journée aussi parfaite ?

En allant boire un verre, pardi ! C’est une tradition que j’ai mise en place depuis belle lurette et que je tends à reproduire systématiquement dans une nouvelle ville : m’enquérir d’un lieu où écluser une (bonne) bière en fin de journée et qui soit, idéalement, adapté aux familles. Et bien, à Auxerre, c’est sur le Galopin que nous avons jeté notre dévolu, avec raison. Bien placé (pas trop loin du centre), avec un chouette happy-hour, une belle sélection de boissons, des prix raisonnables et, surtout, une impressionnante collection de jeux de société de toutes sortes (et aussi un jeu de fléchettes électroniques où, si vous battez le High Score, vous gagnez Pinte et hotdog). D’ailleurs, à voir les familles attablées en terrasse, il semble que ce soit un repaire bien connu !


Auxerre avec un enfant : un petit guide pratique

Pour une journée (au minimum), Auxerre est une destination idéale avec un enfant. Sa taille (relativement) modeste permet d’en parcourir le centre-historique à pieds sans aucun souci et l’offre culturelle est assez riche pour trouver inspiration(s) et activité(s). De plus, si vous visez un séjour à Auxerre avec un enfant un peu plus long, n’hésitez pas à étudier les ressources touristiques de l’Yonne ainsi que la possibilité de partir à vélo, comme nous, le long du Canal du Nivernais !

Auxerre la belle

Comment venir à Auxerre ?

Le plus facile : en train !

Depuis Paris, comptez entre une heure et demie et deux heures en TER, depuis la gare de Bercy (accessible via les lignes 6 et 14, à la station du même nom). Surveillez les promotions pour les enfants, on trouve souvent des billets à prix très réduits. Pour les adultes, si vous pensez revenir souvent, mieux vaut acquérir une carte de réduction régionale (ou tomber sur le très, très bon tarif : rare mais pas impossible), sachant que les cartes nationales ne marchent pas.

Où manger à Auxerre avec un enfant ?

Le long de l’Yonne et dans ses abords immédiats, beaucoup de restaurants avec terrasses et menus à prix variés (allant de 12 à 50€ environ). N’hésitez pas à prendre votre temps et à regarder aussi du côté des boulangeries – sandwicheries qui proposent des menus sympas. Personnellement, j’ai suivi le conseil de jeunes croisés et j’ai tapé dans les pates à emporter de Benny (100 rue du pont, à côté de la crêperie du pont). Pas vraiment local mais nourrissant au possible et parfait pour manger sur le pouce, au soleil.

Je recommande également (bien entendu) le Galopin ( 20 Rue d’Égleny), chouette pub familial !

Que faire à Auxerre avec un enfant ?

Le plus évident : se promener

A pieds, en restant dans le centre, c’est un enchantement. Vous pouvez également suivre un circuit thématique comme celui de Cadet Roussel (5 kilomètres, guide disponible à l’OT pour 2€). N’hésitez pas morceler celui-ci s’il vous semble trop long bien qu’il présente l’avantage indéniable de couvrir les 67 lieux d’intérêt de la ville.

Le plus étonnant : la Micro Folie

Au 26 place de l’Hôtel de ville, pour découvrir de façon ludique et immersive l’Art, sous toutes ses formes ! Nombreuses animations pour les familles, à découvrir sur le site officiel.

Le plus architectural : la cathédrale Saint-Etienne

Avec sa tour en moins, elle fait penser (un peu) à une pyramide mais elle vaut vraiment le détour ! Vestige de ce qui fut la Cité Episcopale (avec le Palais qui abrite aujourd’hui la Préfecture). Poussez-en les portes pour vous offrir fraicheur et silence. Visite payante du trésor.

Le plus sportif : assister à un match à l’Abbé Deschamps

Envie de voir les blancs et bleus de Bourgogne jouer (et gagner) ? Allez faire un tour au stade de l’Abbé Deschamps ! En attendant l’ouverture prochaine du musée de l’AJA, ce sera l’occasion de supporter l’équipe sur le chemin de la L1.

Le plus vert : le parc de l’Arbre Sec

Situé un tout petit peu à l’extérieur de la ville (à dix minutes à pieds, donc !), un bel espace de jeu en pleine nature, en-dehors de tout trafic motorisé. Bien clôturé et bien équipé, idéal pour se dépenser, pique-niquer ou discuter avec les familles locales.

Notre préféré : le Canal du Nivernais à vélo

Que ce soit à vélo ou en bateau, votre exploration lente et douce du Canal du Nivernais ferait bien de passer par le Batardeau. Cette (très) chouette structure de location de matériel, situé sur un ancien site industriel lié à la montée des eaux (essayez d’observer les pompes) propose tout ce dont vous avez besoin pour votre voyage à pédales ! Il est possible d’y louer à peu près tout ce qui flotte (bateaux électriques, kayak, paddles, pédalos) et roule (VTT, VTC, Tandem, enfant, suiveur, siège, etc etc). L’accueil est charmant, souriant et énergique, les prix raisonnables. Et en plus, l’été, ça fait bistro.

Bref, c’est une recommandation officielle 101% labellisée FromYukon !

Et pour le reste, le site officiel de l’office de tourisme d’Auxerre et de l’Auxerrois est à votre disposition, tout comme celui de l’Yonne !

Cet article est issu d’un partenariat avec Yonne Tourisme. Le contenu éditorial n’en reste cependant pas moins indépendant et soumis à ma seule volonté.