Tourisme : le nécessaire besoin de devenir soi-même

A l’entrée du temple d’Apollon, à Delphes et à l’époque de la Grèce Antique, étaient inscrits ces quelques mots :  Γνῶθι σεαυτόν , qui traduits en latin (Nosce te ipsum) disent “Connais-toi toi-même”. Si, au sens socratique, cette expression assigne à l’homme le devoir de prendre conscience de sa propre mesure sans tenter de rivaliser avec les dieux, c’est au sens touristique qu’il faut appréhender ces quatre mots avec, en tête et en fil rouge, ce nécessaire besoin en 2021 : devenir soi-même !

Tout est parti de Venise.

Tout est parti d’un échange Twitter, à propos de Venise.

Nous parlions, non pas de LA Venise mais de toutes les autres, ces villes qui s’affichent, se revendiquent, “Venise de…”. La liste, récupérée via les suggestions Google, est effrayante

Au jeu de se prendre pour un.e autre au lieu d’être soi-même, on sort toujours, systématiquement, éternellement perdant.

Pourquoi effrayante ?

Parce qu’elle illustre à merveille une volonté de mettre en avant une ressemblance vague plutôt qu’une réelle et forte identité de territoire, parce qu’elle induit nécessairement en erreur, en promettant du paraître plutôt que de l’être. Parce qu‘au jeu de se prendre pour un.e autre au lieu d’être soi-même, on sort toujours, systématiquement, éternellement perdant. Dès lors – et surtout en cette année 2022, il devient d’une importance vitale de ne plus se positionner sur le terrain des Ailleurs mais de créer, à tout prix et urgemment, sa propre identité, unique et absolue, d’en avoir avoir une vision à la fois globale et particulière, de travailler sur ce qui en fait LA particularité, LES spécificités, le tout sur du long terme et avec la volonté de développer ainsi une réelle culture de valorisation des points forts.

Le nécessaire pluriel du singulier

Qu’est-ce qui fait que votre territoire n’est pas comme les autres ? Quels en sont les différences, les atouts, les points forts ? Quelle en est, en un mot en comme en cent, sa singularité ? Et cette singularité, comment est-elle exploitée, valorisée, mise en avant au sein de votre communication ?

Cette singularité est telle la graine qui va donner naissance à un chêne, à un baobab : elle est le commencement de tout. Cela peut être une merveille géographique, un musée d’exception, des ruines antiques, un matrimoine humain ou un patrimoine culinaire : l’important est qu’elle soit là et que vous en fassiez un pivot, un socle, une base. Il s’agit donc de l’identifier puis de la chérir, de la polir, de la protéger pour permettre une croissance maitrisée, raisonnée et encadrée. Ne pensez pas que ces mots soient choisis au hasard : de plus en plus – dès maintenant et pour les décennies à venir, il va falloir réfléchir en terme de fréquentation, de flux contrôlés, d’impact carbone et de bilans. En anticipant dès aujourd’hui ce que sera demain, du moins dans les grandes lignes, la route vers l’Avenir est balisée, à défaut d’être toute tracée.

En anticipant dès aujourd’hui ce que sera demain, du moins dans les grandes lignes, la route vers l’Avenir est dès lors balisée, à défaut d’être toute tracée.

Ne pas renier ce que l’on est…

Une destination, qu’elle soit un pays, une région, un département, une ville, un village, une commune, une communauté de communes, une métropole (rayez la mention inutile) est tel un puzzle dont les morceaux s’imbriquent comme ils le peuvent pour former, des fois un dessin merveilleusement bien effectué, d’autres fois, un patchwork des plus bordéliques dont on ne sait trop comment il fait pour tenir debout sans s’écrouler. Cependant, l’important n’est pas vraiment le résultat final mais plutôt es différents éléments qui amènent ce résultat à être celui qu’il est.

Encore plus essentiel : le fait de ne pas renier ce que l’on est mais, au contraire de s’appuyer dessus. C’est une stratégie qu’il faut assumer pour développer sa propre image, sortir du carcan des stéréotypes et travailler sur les singularités. C’est même une opportunité intéressante pour une communication décalée, enjouée, à contre-courant de certains dogmes en place depuis (trop) longtemps. Quoi de mieux de surprendre, d’amuser, de jouer la carte de la dérision ? Ne pas être la perfection ne doit pas un malus mais bel et bien un bonus au potentiel infini !

Pour mieux revendiquer ses différences

Les aspérités accrochent le regard, elles intriguent, attirent et créent le désir, la volonté de s’approcher, d’en savoir plus. Là où le lisse ne fait que reproduire, encore et encore, des schémas vus et revus, la différence interpelle, fait réagir, provoque l’intérêt, fait parler. Plutôt donc que de vouloir effacer, araser, mettre à plat, il faut avoir, à tout prix, la volonté de revendiquer haut et fort lesdites différences pour ainsi mieux sortir du lot, se démarquer.

Les aspérités accrochent le regard, elles intriguent, attirent et créent le désir, la volonté de s’approcher, d’en savoir plus.

Chaque territoire, quel qu’il soit a des différences qui le rende unique. Encore une fois, il importe d’identifier ces différences dans un cadre global (celui de l’ensemble) puis de les resituer dans un contexte précis, à une échelle locale (voire même ultra-locale). En offrant plusieurs axes, cela permet de diversifier les thèmes, de monter la diversité de ce que vous avez à offrir et de diviser les flux. Ici aussi, la notion d’une certaine prise de risque(s) dans la communication est à intégrer pour aller encore plus loin. Soyez décalés, n’hésitez pas à vous situer à contre-courant, à faire votre les clichés pour mieux les retourner, les détourner : lâchez les brides sur la créativité et revendiquez, haut et fort, vos différences qui font toute la différence !

Revendiquez vos différences qui font toute la différence !

Être plutôt que paraître

Ce n’est pas parce quelque chose marche ailleurs qu’il fonctionnera chez vous. Avant donc de vouloir paraître, soyez déjà !

L’exemple de l’appropriation de Venise par d’autres destinations est parlant : ainsi, toute cité possédant quelque canaux où coulent (des fois) des eaux (pas toujours bleues) peut se revendiquer des similitudes avec la Cité des Doges. Mais, pourquoi ? Pourquoi vouloir paraître être Venise alors que l’on peut être plutôt soi-même ?

Être plutôt que paraître, c’est une étape indispensable, quasiment un aboutissement dans une opération de réappropriation communicationnelle. C’est accepter de ne pas se baser sur du vent, des illusions, des promesses intenables mais plutôt sur du concret, du solide, du vérifiable, en travaillant sur ce que les touristes et les habitant.e.s peuvent (et pourront) réellement voir, faire, découvrir, expérimenter jour après jour, voyage après voyage, séjour après séjour.

Cet aboutissement influe également sur le contenu global de votre offre : il importe qu’elle soit propre à votre territoire, en raccord avec votre identité et en lien direct avec vos valeurs. Ne copiez pas ce qui se fait ailleurs en espérant que cela fonctionne à l’identique chez vous : mieux vaut tout recommencer et repartir sur du solide que de construire une structure branlante qui ne tiendra que le temps d’un mandat, entre deux élections et/ou changement de direction, prête à s’effondrer au premier changement de cap.

Soyez vos propres ambassadeurs !

Voulez-vous du contenu en adéquation avec votre repositionnement ? Cherchez-vous à identifier très précisément les points forts et faibles de votre territoire ? Avez-vous besoin de ressources éditoriales, photographiques pour valoriser vos différences ?

Si vous avez répondu OUI à l’une de ces questions, la solution se trouve à portée de mains : regardez autour de vous ! Identifier celleux qui parlent de vous, celleux, qui, au quotidien, partagent, illustrent, font vivre, communiquent, sans rien demander à personne. Allez vers eux, échangez, construisez et associez étroitement ces ambassadeurs.drices à l’ensemble de votre communication ! Partagez de même les contenus que vous avez contribué à créer, pour amplifier la résonnance : ne soyez pas passifs en attendant que viennent des retombées inquantifiables mais soyez, au contraire, pro-actifs et volontaristes. N’hésitez pas à solliciter (de façon honnête, c’est à dire en toute transparence et avec rémunération à la clé), à prendre avis, conseil, attache avec les professionel.le.s qui sont chez vous et souvenez-vous qu’avant d’être international, le tourisme est d’abord local et national.

Discuter, associer les talents autour de vous à vos comptes 2.0, laisser carte blanche à la créativité, à l’inspiration, à la prise de risques : c’est aussi vers cela que doit tendre la communication touristique !

Voulez-vous en savoir plus sur cette stratégie de communication ? Vous désirez avoir des exemples concrets, être accompagné.e.s dans sa conception, sa mise en place, son déploiement ?

N’hésitez pas à me contacter pour en discuter !

Le bord de mer à Fort-Mahon